Monsieur Hollande, Monsieur Ayrault, Madame Filippetti, augmentez le budget de la culture si vous voulez faire des économies !
Article mis en ligne le 27 mars 2014

par FSU 24
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Écrit par Eric Sprogis
13|02|2014

Pour atteindre son objectif central de réduction du chômage en France, le Gouvernement a décidé de réduire les dépenses de l’Etat de 50 milliards d’ici 2017. Il s’agit de dégager des moyens en faveur d’une politique de relance de la productivité et de l’offre dans le cadre d’un pacte de responsabilité qui sera proposé aux entreprises. Comme tous les ministères (à l’exception de quelques-uns considérés comme régaliens et prioritaires), celui de la culture et de la communication a été appelé à réduire son budget (- 2% en 2014), et il en sera sans doute de même dans les lois de finances à venir.

Si l’on décide d’admettre que la baisse générale des dépenses publiques serait impérative pour réduire la dette de la France, il peut donc paraître de bon sens que le ministère de la culture y contribue en proportion de la part qu’il représente dans le budget global de l’Etat.

Cette évidence apparente mérite toutefois une analyse plus attentive et doit être relativisée.

Laissons de côté les autres domaines d’action du ministère pour nous intéresser plus particulièrement au spectacle vivant, à l’éducation et aux enseignements artistiques, hors grandes institutions culturelles d’Etat. Ces secteurs sont intéressants à observer : d’une part, ils représentent une partie très minoritaire du budget de la culture (650 millions d’euros environ sur un budget total du MCC de 7,26 milliards) ; d’autre part, ils sont les seuls qui ont bénéficié d’une légère augmentation de leurs dotations, à l’exception des établissements d’enseignement artistique initial classés qui, eux, ont subi une baisse de l’aide de l’Etat de près de 30%. Il faut cependant relever que cette augmentation en pourcentage reste très modeste en valeur absolue compte tenu de la part réduite que, notamment, l’éducation artistique occupe dans le budget total du ministère. Ainsi, au mieux, cette « hausse », qui ne compense même pas la contraction financière de la dernière décennie, ne constitue qu’un signal modeste signifiant que le spectacle vivant ne sera pas totalement sacrifié à la rigueur budgétaire…
Mais c’est en cela qu’elle constitue un trompe-l’œil car chaque euro dépensé par l’Etat pour la culture génère mécaniquement le triple ou le quadruple de la part des collectivités territoriales, des partenaires privés ou professionnels, des usagers et du public. Tout aussi mécaniquement, toute stagnation ou toute perspective de baisse de cette intervention a des conséquences négatives qui vont bien au-delà de ce qui peut apparaître dans la seule lecture des documents budgétaires du ministère de la culture et de la communication.

Un pacte de responsabilité pour la culture ?

Le secteur culturel – et au premier rang duquel le ministère qui le représente – doit cesser de battre sa coulpe face à ceux qui lui opposent des arguments économiques et financiers.
Une étude rigoureuse sur son apport à l’économie française, conduite par le ministère de l’économie et des finances avec celui de la culture et de la communication, a fait ressortir que la culture représentait 3,2 % du PIB et 670 000 emplois en France. Sont prises en compte dans cette étude toutes les actions menées, que ce soit par l’Etat, par les collectivités territoriales, par les structures culturelles subventionnées ou non, par les associations.
La culture constitue donc un véritable pan de notre économie, qui devrait logiquement pouvoir bénéficier aussi d’un « pacte de responsabilité » lui permettant d’améliorer son offre de service aux citoyens, notamment ceux qui sont dans l’incapacité, sociale, géographique, culturelle, éducative, liée à un handicap, d’accéder correctement aux œuvres, aux pratiques, à la création.

La comparaison avec le secteur industriel ou celui des services a ses limites

L’objectif d’amélioration de la productivité des entreprises afin de les rendre plus compétitives ne peut s’appliquer à l’identique au spectacle vivant.
En effet, comme l’avaient démontré William Baumol et William Bowen les gains de productivité sont quasiment impossibles pour le spectacle vivant. S’il fallait par exemple au XIXe siècle six répétitions au minimum pour monter un concert symphonique, il en faudra toujours autant aujourd’hui… Et même plus car l’exigence du public, en raison notamment de la diffusion mondialisée des produits culturels, se fait chaque jour croissante sur le plan qualitatif. Or, il n’a pas encore été inventé de robots ou de système d’automatisation permettant de gagner du temps (et de l’argent) dans le montage d’un spectacle de théâtre, de danse, de musique, de cirque…
Ainsi les structures de création et de diffusion du spectacle vivant semblent inéluctablement condamnées à voir rétrécir leurs ambitions, leurs capacités de production, l’adhésion du public. Sauf à entrer dans un cercle vertueux où chaque « partenaire » se renforce l’un l’autre à la mesure de ses possibilités et de sa volonté (Etat, collectivités, associations, pédagogues, publics, mécènes…). Alors la croissance globale de l’offre culturelle (et de ses « consommateurs ») devient ici, sinon exponentielle, en tout cas propre à irriguer l’ensemble des territoires, l’ensemble des catégories sociales. Elle contribue alors à dynamiser l’économie générale du pays, à renforcer le tissu de la société, à développer une conscience collective, à faire bénéficier chacun des retombées multiples de toute action culturelle. C’est aussi pourquoi aussi la politique culturelle, au niveau de l’Etat, ne doit plus considérer que l’enseignement artistique initial (sans lequel aucune pratique artistique pérenne ne peut exister) et le soutien aux pratiques des amateurs ne seraient plus l’affaire de la Nation dans son ensemble et pourrait être laissés à la plus ou moins bonne volonté d’acteurs locaux dont les moyens et l’enthousiasme déclinants ne sauraient entrainer qu’une aggravation des inégalités.

Faisons un rêve

Le Président de la République et le Gouvernement ont choisi une politique économique de l’offre comme moyen de faire repartir l’économie de notre pays à l’issue de la crise apparue depuis 2008.

Alors, imaginons que, sur les 30 milliards d’euros qui vont être injectés dans la marche des entreprises pour les rendre plus compétitives, 300 millions (1% !) soient attribués au spectacle vivant à la fois pour sa diffusion, sa création, son enseignement et l’éducation artistique, dotation prioritairement destinée au soutien aux structures et aux territoires les plus modestes et aux projets en direction des populations qui sont les plus en marge des circuits culturels les mieux établis. Ce pourrait être une belle annexe au projet de loi sur la création artistique qui doit venir prochainement devant le Parlement !

A-t-on conscience du formidable impact économique, humain, politique et « civilisationnel » qu’aurait une telle décision ? A-t-on conscience que certains projets culturels capotent aujourd’hui parce qu’il leur manque 20 000 € ou 30 000 €, parfois même moins ? A-t-on conscience des conséquences sur l’économie locale, touristique, commerciale qu’aurait une vraie relance de l’action culturelle qui s’est tant réduite par le passé et qui ne dispose plus actuellement des moyens pour retrouver un peu de vigueur ? A-t-on conscience de la dynamique et de la confiance qui renaîtraient chez les élus territoriaux, les professionnels et les usagers si on revenait sur les baisses incompréhensibles comme celle qui a touché les conservatoires classés ? A-t-on conscience qu’ils retrouveraient leur fierté d’être reconnus par l’Etat et qu’ils pourraient ainsi poursuivre le renouvellement de leurs méthodes et de leurs contenus, engagé précisément sous l’impulsion de cet Etat… à une autre époque ? A-t-on conscience que toute augmentation des activités culturelles réduirait le déficit du régime d’indemnisation chômage des intermittents ? A-t-on conscience des conséquences positives que cela aurait sur les fournisseurs de matériel, de livres, de partitions, de fournitures, de gestionnaires de salles ? A-t-on conscience, comme nous le disions plus haut, que toute revalorisation de l’aide de l’Etat se traduirait, sur le terrain, par des engagements beaucoup plus importants car elle entraînerait à sa suite les autres financeurs de la culture ?

A-t-on conscience, en définitive, que la culture, comme ciment de la société et comme inventeur du réel, joue un rôle décisif dans la confiance des citoyens et dans leur aptitude à affronter les changements que l’évolution du monde rend inéluctable ?

Et, a-t-on, avez-vous, conscience que cette confiance ainsi que la reprise d’un véritable dialogue à tous les niveaux sont indispensables à toute politique « de sortie de crise » ?

Alors, pour renflouer les caisses de l’Etat, il faut augmenter le budget de la culture !

Eric SPROGIS
Artiste musicien
Ancien responsable des enseignements artistiques à la Région Poitou-Charentes

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